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Jeudi 20 janvier 2005

 

Soixante ans...Auschwitz....

 

 

L’hiver est froid ma petite fille.

As-tu vu cette simple cigarette qui fume là bas, par terre ?

C’est la mienne, je ne peux l’atteindre, pourtant je l’espère, je la veux, j’imagine un peu de cette fumée dans mes poumons tellement cela serait bon.

Vois-tu Sarah, je ne peux plus fumer, je n’ai plus le droit.
Cela m’est interdit.
Alors, je me ronge les ongles, oui les ongles, je n’ai plus rien que ça les ongles et que ces doigts là pour vivre!

Sarah, un jour viendra où les oliviers feront des fruits plus verts que l’habit moche, que l’habit boche, un jour ou le citron sur l’arbre sera moins acide que l’acide de l’homme sur l’homme !

Un jour, Sarah !
Un jour tu comprendras....
Un jour Sarah peut être, un jour, tu pardonneras....

Cette cigarette c'est la mienne et je la veux, je veux aspirer l’âcreté de ce maudit qui a lâché de l’autre côté des barbelés sa salive sur ce stupide tuyau d’herbe séchée.

Sarah !

Ne pleure pas petite fille tu es dix mille six cent soixante, je suis quatre mille deux cent un, et cette fumée noire sera mienne à la prochaine......envolée ?


Tu as le temps, Sarah , tu as le temps.....



Mais au fait? Où sont tes parents ?

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 décembre 2004

Du jazz...Plus pour les adeptes de la trompette bouchée..A lire et à écouter:http://www.la-plume-et-lencrier.com/divers/Joe Pass & J.J. Johnson - Nature boy.mp3

 

Dans cet hiver parisien qui n’en finit pas ou plus, sur le trottoir près d’une sortie Guimard du métropolitain, un homme noir et une trompette bouchée rêvent.

Deux jeunes montent les escaliers, écoutent la musique froide qui réchauffe le cœur des passants  aux soucis, fièvre d’avant fête.

-Hé man ! Fais nous encore entendre le son de ton instrument.

Alors le son s’élève dans la bruine et la brume et la musique résonne sur les ampoules qui clignotent de faux sapins. Deux ou trois gamins, le blanc des yeux bien bleu s’émerveillent devant ce drôle de pantin.
La caisse est vide, le coffre est plein et le chapeau recueille un ou deux euros.
Mais la richesse du cœur est plus présente que la pauvreté de l’être qui souffle dans sa trompette.

-Hé Man ! C’est beau ce que tu joues là

Une larme perle, perle perdue, comme noyée dans l’océan aux vapeurs d’échappements.

Il neige.
 
Cette perle vient de se poser sur le cuivre cristal de givre, la nuit tombe porte de Pantin, à Paris, un soir d’hiver, sous la neige et les phares entre deux coquillages.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Jeudi 16 décembre 2004

De l’autre côté du tableau les avions ne se font plus la guerre, les enfants jouent à rire et les hommes s’élèvent doucement dans le ciel sur la Grand Place de Bruxelles.

S’élèvent-ils ou alors au contraire est-ce le ciel qui pleure nos âmes ?
C’est étrange comme un gaucher ressemble à un droitier, comme un homme ressemble à un autre homme.
Je suis figé là, dans l’espace entre le temps qui avance et qui recule sans savoir exactement où je dois me placer. Suis-je l’un d’eux ? Où suis-je ? Qui suis-je en vérité ?

J’ai perdu mon ombrelle à la terrasse du café du commerce, j’étais tout près d’une jeune femme au chignon tiré lorsque j’ai vu sur sa joue perler une larme, douce goutte de rosée déposée sur un écrin de satin.
Je n’ai pu la consoler ne connaissant pas l’origine de son chagrin.
J’étais venu ici pour peindre sans doute, je ne sais pas, je ne sais plus.

Alors, j’ai coiffé mon chapeau melon et enfilé mon manteau noir et dans le doute de mon être j’ai rejoins les autres, ambidextres, en espérant un jour avoir l’adresse d’apaiser la douleur des femmes qui sanglotent à la terrasse du café du commerce de Bruxelles.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mardi 14 décembre 2004

Le fait que j’existe, prouve que le monde n’a aucun sens...

Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi et qui court dans un labyrinthe comme perdu dans le colimaçon de la raison, abandonné dans les circonvolutions de mon cerveau quelque peu égaré dans la scissure de Sylvius, enfoui, raisonnable et oublié, tourbillon de vent dans le désert comme la pensée agitée par ses propres vérités, spirale, enroulement, le cœur en dedans, les yeux de l’autre côté, nœud de vipères, un poing serré, une branche d’arbre décharnée, noire, qui se tord, qui se plie, misère et pitié, richesse et malheur, radeau embarqué sur des rivières stériles, rameau d’olivier et blanche colombe, sombre corbeau qui décime les prés, moucheron voletant dans la prairie jusqu’au soir, le matin dès le retour de l’été, glacial, araignée au plafond, tout rond et je glisse sur les murs de chaux vive, presque morte, neige et feu, corps et âme, passé, présent et futur, je suis imparfait.

Je suis.

Je suis ...

Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi...

Pourquoi ?

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Samedi 11 décembre 2004

Dis moi à quoi penses-tu au travers de tes grands yeux clairs ?

J’aime ces aquarelles liquéfiées  qui gonflent le papier comme gonfle un cœur qui aime. J’aime ces couleurs étalées transparentes et douces comme dans une carte postale céleste ..

J’aime ce que tu me racontes le soir dans ma vie froide de condamné .

 

Je cours à ta recherche en sachant que jamais je ne te trouverai

Je cours à ta recherche alors que tu es très près de moi

Je cours ainsi depuis des mois

 

Un matin, un soleil m’a levé . Son rayon t’appartenait. J’ai reçu ta douce caresse tiède sur mon visage froid . Demain ou après demain tu tenteras en vain de te glisser au travers des croisées fermées .

 

Et ton reflet chaud viendra baigner mon grand lit vide et froid

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
 
 
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