
Soixante ans...Auschwitz....
Lhiver est froid ma petite fille.
As-tu vu cette simple cigarette qui fume là bas, par terre ?
Cest la mienne, je ne peux latteindre, pourtant je lespère, je la veux, jimagine un peu de cette fumée dans mes poumons tellement cela serait bon.
Vois-tu Sarah, je ne peux plus fumer, je nai plus le droit.
Cela mest interdit.
Alors, je me ronge les ongles, oui les ongles, je nai plus rien que ça les ongles et que ces doigts là pour vivre!
Sarah, un jour viendra où les oliviers feront des fruits plus verts que lhabit moche, que lhabit boche, un jour ou le citron sur larbre sera moins acide que lacide de lhomme sur lhomme !
Un jour, Sarah !
Un jour tu comprendras....
Un jour Sarah peut être, un jour, tu pardonneras....
Cette cigarette c'est la mienne et je la veux, je veux aspirer lâcreté de ce maudit qui a lâché de lautre côté des barbelés sa salive sur ce stupide tuyau dherbe séchée.
Sarah !
Ne pleure pas petite fille tu es dix mille six cent soixante, je suis quatre mille deux cent un, et cette fumée noire sera mienne à la prochaine......envolée ?
Tu as le temps, Sarah , tu as le temps.....
Mais au fait? Où sont tes parents ?
Du jazz...Plus pour les adeptes de la trompette bouchée..A lire et à écouter:http://www.la-plume-et-lencrier.com/divers/Joe Pass & J.J. Johnson - Nature boy.mp3

Dans cet hiver parisien qui nen finit pas ou plus, sur le trottoir près dune sortie Guimard du métropolitain, un homme noir et une trompette bouchée rêvent.
Deux jeunes montent les escaliers, écoutent la musique froide qui réchauffe le cur des passants aux soucis, fièvre davant fête.
-Hé man ! Fais nous encore entendre le son de ton instrument.
Alors le son sélève dans la bruine et la brume et la musique résonne sur les ampoules qui clignotent de faux sapins. Deux ou trois gamins, le blanc des yeux bien bleu sémerveillent devant ce drôle de pantin.
La caisse est vide, le coffre est plein et le chapeau recueille un ou deux euros.
Mais la richesse du cur est plus présente que la pauvreté de lêtre qui souffle dans sa trompette.
-Hé Man ! Cest beau ce que tu joues là
Une larme perle, perle perdue, comme noyée dans locéan aux vapeurs déchappements.
Il neige.
Cette perle vient de se poser sur le cuivre cristal de givre, la nuit tombe porte de Pantin, à Paris, un soir dhiver, sous la neige et les phares entre deux coquillages.

De lautre côté du tableau les avions ne se font plus la guerre, les enfants jouent à rire et les hommes sélèvent doucement dans le ciel sur la Grand Place de Bruxelles.
Sélèvent-ils ou alors au contraire est-ce le ciel qui pleure nos âmes ?
Cest étrange comme un gaucher ressemble à un droitier, comme un homme ressemble à un autre homme.
Je suis figé là, dans lespace entre le temps qui avance et qui recule sans savoir exactement où je dois me placer. Suis-je lun deux ? Où suis-je ? Qui suis-je en vérité ?
Jai perdu mon ombrelle à la terrasse du café du commerce, jétais tout près dune jeune femme au chignon tiré lorsque jai vu sur sa joue perler une larme, douce goutte de rosée déposée sur un écrin de satin.
Je nai pu la consoler ne connaissant pas lorigine de son chagrin.
Jétais venu ici pour peindre sans doute, je ne sais pas, je ne sais plus.
Alors, jai coiffé mon chapeau melon et enfilé mon manteau noir et dans le doute de mon être jai rejoins les autres, ambidextres, en espérant un jour avoir ladresse dapaiser la douleur des femmes qui sanglotent à la terrasse du café du commerce de Bruxelles.

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Le fait que jexiste, prouve que le monde na aucun sens... | |
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Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi et qui court dans un labyrinthe comme perdu dans le colimaçon de la raison, abandonné dans les circonvolutions de mon cerveau quelque peu égaré dans la scissure de Sylvius, enfoui, raisonnable et oublié, tourbillon de vent dans le désert comme la pensée agitée par ses propres vérités, spirale, enroulement, le cur en dedans, les yeux de lautre côté, nud de vipères, un poing serré, une branche darbre décharnée, noire, qui se tord, qui se plie, misère et pitié, richesse et malheur, radeau embarqué sur des rivières stériles, rameau dolivier et blanche colombe, sombre corbeau qui décime les prés, moucheron voletant dans la prairie jusquau soir, le matin dès le retour de lété, glacial, araignée au plafond, tout rond et je glisse sur les murs de chaux vive, presque morte, neige et feu, corps et âme, passé, présent et futur, je suis imparfait. |

Dis moi à quoi penses-tu au travers de tes grands yeux clairs ?
Jaime ces aquarelles liquéfiées qui gonflent le papier comme gonfle un cur qui aime. Jaime ces couleurs étalées transparentes et douces comme dans une carte postale céleste ..
Jaime ce que tu me racontes le soir dans ma vie froide de condamné .
Je cours à ta recherche en sachant que jamais je ne te trouverai
Je cours à ta recherche alors que tu es très près de moi
Je cours ainsi depuis des mois
Un matin, un soleil ma levé . Son rayon tappartenait. Jai reçu ta douce caresse tiède sur mon visage froid . Demain ou après demain tu tenteras en vain de te glisser au travers des croisées fermées .
Et ton reflet chaud viendra baigner mon grand lit vide et froid


