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Jeudi 16 décembre 2004

De l’autre côté du tableau les avions ne se font plus la guerre, les enfants jouent à rire et les hommes s’élèvent doucement dans le ciel sur la Grand Place de Bruxelles.

S’élèvent-ils ou alors au contraire est-ce le ciel qui pleure nos âmes ?
C’est étrange comme un gaucher ressemble à un droitier, comme un homme ressemble à un autre homme.
Je suis figé là, dans l’espace entre le temps qui avance et qui recule sans savoir exactement où je dois me placer. Suis-je l’un d’eux ? Où suis-je ? Qui suis-je en vérité ?

J’ai perdu mon ombrelle à la terrasse du café du commerce, j’étais tout près d’une jeune femme au chignon tiré lorsque j’ai vu sur sa joue perler une larme, douce goutte de rosée déposée sur un écrin de satin.
Je n’ai pu la consoler ne connaissant pas l’origine de son chagrin.
J’étais venu ici pour peindre sans doute, je ne sais pas, je ne sais plus.

Alors, j’ai coiffé mon chapeau melon et enfilé mon manteau noir et dans le doute de mon être j’ai rejoins les autres, ambidextres, en espérant un jour avoir l’adresse d’apaiser la douleur des femmes qui sanglotent à la terrasse du café du commerce de Bruxelles.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mardi 14 décembre 2004

Le fait que j’existe, prouve que le monde n’a aucun sens...

Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi et qui court dans un labyrinthe comme perdu dans le colimaçon de la raison, abandonné dans les circonvolutions de mon cerveau quelque peu égaré dans la scissure de Sylvius, enfoui, raisonnable et oublié, tourbillon de vent dans le désert comme la pensée agitée par ses propres vérités, spirale, enroulement, le cœur en dedans, les yeux de l’autre côté, nœud de vipères, un poing serré, une branche d’arbre décharnée, noire, qui se tord, qui se plie, misère et pitié, richesse et malheur, radeau embarqué sur des rivières stériles, rameau d’olivier et blanche colombe, sombre corbeau qui décime les prés, moucheron voletant dans la prairie jusqu’au soir, le matin dès le retour de l’été, glacial, araignée au plafond, tout rond et je glisse sur les murs de chaux vive, presque morte, neige et feu, corps et âme, passé, présent et futur, je suis imparfait.

Je suis.

Je suis ...

Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi...

Pourquoi ?

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Samedi 11 décembre 2004

Dis moi à quoi penses-tu au travers de tes grands yeux clairs ?

J’aime ces aquarelles liquéfiées  qui gonflent le papier comme gonfle un cœur qui aime. J’aime ces couleurs étalées transparentes et douces comme dans une carte postale céleste ..

J’aime ce que tu me racontes le soir dans ma vie froide de condamné .

 

Je cours à ta recherche en sachant que jamais je ne te trouverai

Je cours à ta recherche alors que tu es très près de moi

Je cours ainsi depuis des mois

 

Un matin, un soleil m’a levé . Son rayon t’appartenait. J’ai reçu ta douce caresse tiède sur mon visage froid . Demain ou après demain tu tenteras en vain de te glisser au travers des croisées fermées .

 

Et ton reflet chaud viendra baigner mon grand lit vide et froid

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mercredi 8 décembre 2004

 

Pourquoi l’évêché empêche de mâcher des machmallows de chez Fauchon...

Le moine maigrichon sous son capuchon a califourchon sur un cochon marchait un peu ronchon tel un cornichon.
Le cruchon ne possédait qu’un tire-bouchon et un reblochon.
C’est alors qu’un débauché un peu déhanché s’est approché. Il était éméché mais pas fâché de s’accrocher à l’emmanché.


-Eh ! L’endimanché, cherchez dans votre balluchon de quoi déboucher mon panaché !


Le godichon chu de son cochon, tire-bouchon fiché dans le torché !
Le séché couché cachait sous son polochon un sachet de chez Fochon ensaché dans un supermarché.
Les bouchées faisaient se pourlécher notre escarmoucher.
Il n’était pas fâché de les mâcher sans broncher.
La bouche desséchée il lança au ciel :

-Cheigneur, che n’ai pas pécher que de ch’alimenter en chi bon chemin !

Il finit lynché sur un bûcher.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mardi 7 décembre 2004

Derrière moi la grande grille de fer forgé s’était refermée en grinçant.
Le brouillard pénétrait les végétaux dans l’hiver où le givre n’en finissait plus de friser les toits.

Je m’étais retourné en regardant mes pas laissés. Dans l’allée centrale derrière la grande barrière un tilleul majestueux avait gardé sa ramure rouge d’automne puis lentement ses feuilles s’étaient recroquevillées sous le gel.
Les gravillons luisants tiraient vers eux la lumière pâle du ciel en s’évanouissant plus loin vers le cabanon proche d’une grande croix perdue dans la brume et dont je devinais la silhouette sombre.

Alors j’aperçus leurs visages tristes et noirs, des visages penchés en avant des visages qui suivaient eux aussi mes traces.
Ils n’étaient pas très nombreux.
Il y avait là le père Anselme, Etienne Michot, La Louise et d’autres dont je ne connaissais pas le nom.

C’était il y a si longtemps maintenant mais je m’en souviens encore.
Maintenant je vois défiler les saisons depuis mon trou comme au travers une fenêtre embuée et aujourd’hui dans cet après-midi de pluie, j’observe mon petit jardin.

Elle, elle avait planté une glycine et semé des capucines près de moi. Leurs grandes feuilles recueillent les larmes du ciel que je pleure et les grappes de fleurs violines se courbent sur mon corps froid.

Je m’ennuie...

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
 
 
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