
De lautre côté du tableau les avions ne se font plus la guerre, les enfants jouent à rire et les hommes sélèvent doucement dans le ciel sur la Grand Place de Bruxelles.
Sélèvent-ils ou alors au contraire est-ce le ciel qui pleure nos âmes ?
Cest étrange comme un gaucher ressemble à un droitier, comme un homme ressemble à un autre homme.
Je suis figé là, dans lespace entre le temps qui avance et qui recule sans savoir exactement où je dois me placer. Suis-je lun deux ? Où suis-je ? Qui suis-je en vérité ?
Jai perdu mon ombrelle à la terrasse du café du commerce, jétais tout près dune jeune femme au chignon tiré lorsque jai vu sur sa joue perler une larme, douce goutte de rosée déposée sur un écrin de satin.
Je nai pu la consoler ne connaissant pas lorigine de son chagrin.
Jétais venu ici pour peindre sans doute, je ne sais pas, je ne sais plus.
Alors, jai coiffé mon chapeau melon et enfilé mon manteau noir et dans le doute de mon être jai rejoins les autres, ambidextres, en espérant un jour avoir ladresse dapaiser la douleur des femmes qui sanglotent à la terrasse du café du commerce de Bruxelles.

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Le fait que jexiste, prouve que le monde na aucun sens... | |
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Je suis un fil de soie, un fil de moi qui file le long de je ne sais quoi et qui court dans un labyrinthe comme perdu dans le colimaçon de la raison, abandonné dans les circonvolutions de mon cerveau quelque peu égaré dans la scissure de Sylvius, enfoui, raisonnable et oublié, tourbillon de vent dans le désert comme la pensée agitée par ses propres vérités, spirale, enroulement, le cur en dedans, les yeux de lautre côté, nud de vipères, un poing serré, une branche darbre décharnée, noire, qui se tord, qui se plie, misère et pitié, richesse et malheur, radeau embarqué sur des rivières stériles, rameau dolivier et blanche colombe, sombre corbeau qui décime les prés, moucheron voletant dans la prairie jusquau soir, le matin dès le retour de lété, glacial, araignée au plafond, tout rond et je glisse sur les murs de chaux vive, presque morte, neige et feu, corps et âme, passé, présent et futur, je suis imparfait. |

Dis moi à quoi penses-tu au travers de tes grands yeux clairs ?
Jaime ces aquarelles liquéfiées qui gonflent le papier comme gonfle un cur qui aime. Jaime ces couleurs étalées transparentes et douces comme dans une carte postale céleste ..
Jaime ce que tu me racontes le soir dans ma vie froide de condamné .
Je cours à ta recherche en sachant que jamais je ne te trouverai
Je cours à ta recherche alors que tu es très près de moi
Je cours ainsi depuis des mois
Un matin, un soleil ma levé . Son rayon tappartenait. Jai reçu ta douce caresse tiède sur mon visage froid . Demain ou après demain tu tenteras en vain de te glisser au travers des croisées fermées .
Et ton reflet chaud viendra baigner mon grand lit vide et froid

Pourquoi lévêché empêche de mâcher des machmallows de chez Fauchon...
Le moine maigrichon sous son capuchon a califourchon sur un cochon marchait un peu ronchon tel un cornichon.
Le cruchon ne possédait quun tire-bouchon et un reblochon.
Cest alors quun débauché un peu déhanché sest approché. Il était éméché mais pas fâché de saccrocher à lemmanché.
-Eh ! Lendimanché, cherchez dans votre balluchon de quoi déboucher mon panaché !
Le godichon chu de son cochon, tire-bouchon fiché dans le torché !
Le séché couché cachait sous son polochon un sachet de chez Fochon ensaché dans un supermarché.
Les bouchées faisaient se pourlécher notre escarmoucher.
Il nétait pas fâché de les mâcher sans broncher.
La bouche desséchée il lança au ciel :
-Cheigneur, che nai pas pécher que de chalimenter en chi bon chemin !
Il finit lynché sur un bûcher.

Derrière moi la grande grille de fer forgé sétait refermée en grinçant.
Le brouillard pénétrait les végétaux dans lhiver où le givre nen finissait plus de friser les toits.
Je métais retourné en regardant mes pas laissés. Dans lallée centrale derrière la grande barrière un tilleul majestueux avait gardé sa ramure rouge dautomne puis lentement ses feuilles sétaient recroquevillées sous le gel.
Les gravillons luisants tiraient vers eux la lumière pâle du ciel en sévanouissant plus loin vers le cabanon proche dune grande croix perdue dans la brume et dont je devinais la silhouette sombre.
Alors japerçus leurs visages tristes et noirs, des visages penchés en avant des visages qui suivaient eux aussi mes traces.
Ils nétaient pas très nombreux.
Il y avait là le père Anselme, Etienne Michot, La Louise et dautres dont je ne connaissais pas le nom.
Cétait il y a si longtemps maintenant mais je men souviens encore.
Maintenant je vois défiler les saisons depuis mon trou comme au travers une fenêtre embuée et aujourdhui dans cet après-midi de pluie, jobserve mon petit jardin.
Elle, elle avait planté une glycine et semé des capucines près de moi. Leurs grandes feuilles recueillent les larmes du ciel que je pleure et les grappes de fleurs violines se courbent sur mon corps froid.
Je mennuie...


