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Dimanche 19 septembre 2004

Mourir, ce n'est rien...Vivre, c'est beaucoup! (en souvenir aux vicimes des attentats de Madrid)

Ne t’aventure pas plus loin promeneur car là où tu iras se trouvent des dangers que tu ne peux pas imaginer !


Mon regard suit les hanches chaloupées de la demoiselle du rez-de-chaussée. Je la dépasse, petit sourire, petit baiser.
Au kiosque à journaux les nouvelles sont grises comme le temps, comme la vie mais après tout, tout ce qui est gris n’est pas maussade et, mademoiselle rez-de-chaussée le sait bien elle, depuis ce jour, depuis ce temps où sa vie a basculé.
C’était il y a bien longtemps, dans un petit square aux fleurs parfumées, aux arbres colorés par l’automne, aux petits bancs verts de rendez-vous.
Tous les deux nous étions assis, blottis l’un contre l’autre regardant ces deux pigeons qui n’en finissaient pas de picoter des miettes de pain sur le macadam des promenades.
Et puis nous avons marché le long du grillage dans les allées qui bordent la voie ferrée. J’ai souri en lui montrant le panneau "Attention danger" car il était clair que d’ici, les projections de pierres, les arcs de fer électriques, ne pouvaient pas nous atteindre.
Et il y a eu ce grand vacarme et une grande et profonde lumière blanche.
Lorsque le voile s’est envolé, j’étais amputé des deux jambes. Nous avons eu beaucoup de chance, ceux d’en bas sont morts, tristes victimes de fantomatiques tortionnaires.
Je tourne fort les roues, je dépasse encore Mademoiselle rez-de-chaussée. Petit sourire...Sa tête est droite et ses yeux au bout de sa canne blanche.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

 

Le grand aigle déchu
Sur l’étendard décousu
Les yeux dans le sang
Et le corps mourant
Les soldats dans la boue
Tirant des chevaux fous
Des chevaux morts,
Des chevaux lourds et forts,
Juste pour un dernier festin,
Pris dans la neige un matin.

Et puis la mort qui s’approche
Et de ses flèches décoche
Dans la nuit glaciale,
La fin des vies boréales.
L’hiver n’a pas d'habit de guerre,
Mais de terribles serres.
Alors l’Empereur plus petit encore,
Sur la poitrine du Grognard décore
Le cadavre dans la neige noire
Et se retire dans le vent d’un grand soir.

par Bernard Blazin publié dans : Poésie
Dimanche 19 septembre 2004

Entre hautes montagnes et grande rivière, la fin de la liberté d'un cheval de feu...

L’Akhalteke vient de frémir sur toute la longueur de son corps. Le soleil rouge des steppes du grand Oural brille sur sa robe aux mille éclats d’or. Il lance son cou de droite à gauche frappant son dos de sa crinière étincelante, puis reprend son maigre repas de lichens et de mousse flétrie.

De l’autre côté de la colline le grand guerrier Zaporogue guette l’animal sans bouger, à contre vent, tapi derrière un buisson de genêts. Ses yeux fixe la proie, sa respiration semble absente. Seuls, les poils de laine ondulent sur la toque d’agneau.

Enfin le bel étalon doré s’approche des fourrés. Le guerrier cosaque s’élève d’un bond attrapant de toutes ses forces l’encolure du cheval.

Le diable cuivré se dresse, se cabre, hennit. Le guerrier ne lâche pas sa prise. Dans un nuage de poussière grise et argentée les deux combattants roulent à terre. Le fougueux lance des ruades raclant de ses sabots la terre poudreuse. Mais l’homme fait corps avec la bête et se déchire le visage et la peau sur la pierre saillante émergée des roches millénaires.

Le roi cheval épuisé souffle rauque. La chaleur de son être se dégage en fine buée dans les profondeurs de l'immense vallée.

Demain à l’aurore sur les bords de la Volga, les deux voyageurs presque amis brilleront de leurs reflets métalliques sur l’onde silencieuse de la grande rivière de Russie.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

"Mon destin c'était l'Amérique..."

Dans le calme profond d’une église, j’ai vu des anges et leur Seigneur, des totems de ferveur et des emblèmes d’adoration.

J’ai vu la tête dans les mains, des chapelets oscillants et des missels sous les seins de femmes qui priaient en silence.

La petite Marie dans son catafalque blanc pleurait des larmes de sang qui roulaient doucement sur le satin noir.
Alors la voûte du sanctuaire s’est ouverte laissant pénétrer la lumière des mondes et les acres senteurs de l’oubli. Le grand menhir de glace déchira le tombeau d’où sombrèrent les vaudous exorcisés. Les étincelles de vie dans le froid, dans le gel, se noyèrent dans le gouffre obscur de la nuit.

L’océan ne brillait que par des couverts d’argent et de strass flottant. Enfin bien plus tard la cathédrale de fer et de feu fut engloutie.

La jouvencelle apparut dans son linceul immaculé guettant les terres lointaines.

Elle se figea telle une sculpture de pierre espérant des mers tranquilles bien plus belles que celle dans laquelle elle mourait, des mers ou elle aurait aimé voir les yeux vides des sentinelles de Pâques qui la regarderaient.


Les fidèles refermèrent leurs bréviaires.

Titanic !

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

... et la nuit s'élance de l'océan. "Virgile"

J’entends la douce musique de l’écume sur les galets. Je sens le souffle chaud des alizés qui glisse le long de la jetée.
Demain je partirai.

Je partirai pour des contrées inexplorées, des pays sans homme, des terres abandonnées.
Je partirai fier de mes trois mâts, faisant face à l’éminent soleil du matin.
L’ample albatros m’accompagnera pendant quelques miles de son doux vol régulier puis m’abandonnera dans les embruns.

Je naviguerai des jours entiers tantôt blessé par les grandes lames tranchantes de la houle, tantôt bercé par le balancement des longues vagues solitaires.

Alors, j’aborderai les rivages toute voile gonflée dans le silence de la nuit, sous les pâles lueurs de la lune et ainsi leurré par des phares en apesanteur, je m’échouerai sur la grève, las.

Au loin les forbans, sinistres écumeurs éteindront leurs feux sortilèges et videront mes entrailles.

Je finirai dans l’oubli de l’océan tandis que mon squelette de bois s’abîmera sur la plage de sable humide avec pour seul linceul ma grand’voile déchiquetée

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
 
 
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