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Lundi 20 septembre 2004

Il n'y a pas de lieux sacrés ni de personnes sacrées, il n'y a que des instants sacrés, des instants de sagesse.

Monastère de Rombuk, 4950m d'altitude. Dans le temple tibétain brûle la lampe au beurre de yak.
Le Chomolangma dans le crépuscule rose s’étire en paresse, traînant à son sommet un voile de nuages brisés.

A la lueur de l’étrange lanterne, les ombres s’allongent sur les murs de la salle aux prières. Le jeune disciple, crâne rasé, interroge :


-Dis-moi grand sage, demande l’enfant, de quoi est composé notre terre ?
-Notre planète, reprend le vieillard, est faite d’eau, de terre, de feu et de roches.
-Pourquoi la vie existe t’elle ?
-La vie est un miroir, jeune enfant, dans lequel ton âme peut se refléter.
-Alors je ne serais que mirage, simple illusion de mon moi profond ?
-Tu es, petit, tu es c’est cela l’essentiel, ne crois-tu pas ?
-Oui, enfin…bien sur, mais je ne comprends pas ce qui nous différencie, nous, les humains ?
-Parce que comme notre mère nourricière, la Terre, certains ont une âme dure comme la pierre, malléable comme la glaise, emportée comme le feu, fuyante comme l’eau. D’autres bien plus rares sont comme toi. Ils ont l’âme si pure que le cristal de roche semble bien terne à leur côté.


Dans la nuit intense, au plus profond de l’Himalaya, une pensée illumine les ténèbres, simple carré de lumière égaré dans la montagne.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

Aux pêcheurs des mers....

Le premier à avoir tranché la brume grise était la "Marie Jeanne". La grande voile rouge gonflée par des vents de Terre-Neuve semblait vouloir accrocher le soleil évanoui. Les autres apparurent plus tard, "La Lucie", "Ar Wezenn" et "An Alarg'h" focs jaunes, bonnettes basses.
Sur les falaises décharnées, les silhouettes des femmes en noir scrutaient le trouble horizon, robes claquant aux vents tout comme les ailes des navires perdus entre ciel et terre.

Le compte des bateaux se faisait pas à pas. Le premier était déjà proche de la grande digue, l’autre plongeait dans les cahots de la mer pour atteindre peu de temps après les nuages, le troisième déchirait à peine encore les embruns.
Les mains des femmes, dans le dos, se refermaient sur les poings, et les poings sur les doigts, et les doigts sur la chair.

Enfin, quand tous les chalutiers accostèrent, les ongles des femmes des Terre-neuviens se relâchèrent laissant sur leur peau blanche, des lunes rouges que tous les marins remarquèrent sans oser relever la tête, de peur de ternir le sublime instant des retrouvailles.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

Œil aiguisé...
Juste une traînée de génie derrière la pupille, comme une étincelle.
Poils de martre lissés entre les lèvres...
Rouge, Indigo , Parme...
Flottement du vent, léger courant d’air, brise légère, chapeau effacé...
Carmin, Vermillon, Garance...
Bras tendu, inspiration…respiration...
Chaleur, douleur...
Jet de lumière sur la toile immaculée
Silence.

Mains fatiguées, doigts usés, palette tachée...
Surgit la montagne sacrée.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

Avoir quelquefois, le sentiment d'être prisonnier....

La nuit tombe et les étoiles de verre se brisent au firmament. Il est permis de rêver les yeux en haut, hors de soi, dans des voies lactées blanches roses et grises aux profondeurs de l’immensité.
Mais les pieds sont bien ancrés comme des racines dans le sol, et nulle branche tendue vers l’éther.
Les prunelles de l’enfant s’interrogent :

- Où vont donc ces feux-follets scintillants ? Pourquoi suis-je si petit alors que je parais si grand ? Et pourquoi tous ces soleils soupirent-ils en me regardant ?

Alors, la lune s’élève dans un sourire vertical, regarde le bambin et se voile derrière les grands arbres de la forêt.
L’enfant attend encore un instant la réponse de l’amie cosmique. Mais pas un signe, pas une explication !

Tandis que le petit homme sous l’emprise d’une colère profonde, lance une pierre vers la nuit, la voûte céleste se fend, se fissure, craque. Les étoiles tombent à terre dans un bruit de cristal.

Le jour se lève.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Dimanche 19 septembre 2004

Que la nuit me donne ses rêves
Pour que demain au jour qui se lève
La lumière m’envahisse
Dominante, protectrice.

Nuit offre moi tes rêves
Pour qu’à l’aurore qui pointe
Je sorte des étreintes
De ces ténèbres sans teinte.

Nuit offre moi des songes
Couleurs d’espoirs
Loin des mensonges
Et du désespoir.

...Dormire
Noli Dormire
Lucet dies nova
In hortis mundi
Dormire Noli dormire
Aperi lumina
Florida tua.

Nuit offre moi ton lit
Ton cœur et ta vie
Ta chaleur , ton oubli
Ta chanson, ton paradis...

par Bernard Blazin publié dans : Poésie
 
 
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