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Vendredi 22 octobre 2004

Ou les dents de la terre..

 

Ils avaient tout pour être heureux dans cette vallée fertile. Du gibier à profusion, de belles truites argentées ondulant dans les torrents d’onde claire et miroitant dans le soleil orangé du matin.

Oui, ils avaient tout pour vivre heureux les hommes de cette contrée et pourtant....

 

Au loin sur deux petits promontoires de basalte et de lauze, un grand cerf roux fier et fort ainsi qu’une tendre biche fragile, doux et paisibles fiancés, aimaient à regarder la grande lune s’élever dans la vallée.

 

Mais l’homme avide de ce qu’il ne peut avoir, affamé de sang et de chasse se mit en quête de nouvelles saveurs plus sauvages encore.

Deux coups de lance suffirent à terrasser le cerf et la biche.

 

Ce que l’humain ignorait c’est que le dix cors était le fils de Taranis Dieu du feu et des cieux et la biche fille de Sianna, Déesse des animaux.

 

Alors dans un grondement terrible que l’on entendit au plus profond de l’Auvergne, les deux montagnes s’élevèrent et le ciel devint plus noir qu’une nuit sans lune.

 

A l’aurore, le peuple de la vallée avait disparu broyé entre les mâchoires de la terre d’où s’écoulaient encore la lave figée et le sang des massacreurs sur deux canines  aiguisées à tout jamais .

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Vendredi 22 octobre 2004

La vie est aussi fugace qu'un arc-en-ciel, qu'un éclair d'orage, qu'une étoile à l'aube...

 

"Lorsque les pétales de roses se sont envolés et que rien ne laisse espérer un nouvel été, je te regarde.

Je me souviens de ce premier jour où je t’ai emmenée au bal.

Tu étais si belle dans ta longue robe d’organdi. Un photographe nous avait pris en photo et dans les vapeurs de magnésium, nous avions tant ri.

 

Cette photo je l’ai toujours gardée contre mon cœur, dans une poche de ma veste ou de ma chemise. Certes, elle a bien jauni maintenant, mais jamais elle ne me quittera.

Et puis nous avons eu nos enfants.

Je les ai vus grandir sur tes genoux au son de l’amour. L’école, le service militaire, le mariage, comme cela est arrivé vite, trop vite.

 

Alors nous avons vieilli l’un contre l’autre au rythme des saisons dans notre petit village si bien caché."

 

 

 

"Je te regarde derrière la fenêtre, mon vieil ami, je sais que tu sais. Alors tu n’allumeras pas cette cigarette interdite qui pend sur tes lèvres. Je sais aussi, que tu es las et je me rappelle de toi, jeune homme élancé, fier et arrogant. Nous avons essuyé tous nos malheurs sans mot dire, notre bonheur est ici, tous les deux, ensemble. Pourquoi regardes-tu cette rose ainsi? Et quel est ce papier jaune que tu tiens entre tes mains? Tu sembles bien pensif.

Le clocher sonne l’heure du repas, il est temps pour toi de rentrer, tu as fait du bon ouvrage aujourd’hui. Comme tu as du mal à te redresser ce soir!

 

Regarde! la première feuille morte se pose sur la pelouse et ta rose vient de perdre son dernier pétale. "

 

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Jeudi 21 octobre 2004

 

Balade irlandaise...

 

 

Dans la lande de l’île, entre chemin de pierres et croix couronnées, entre ciel et mer, entre vents et marées,  Sean le petit homme roux court le long de la falaise.

 

Tel un lutin semblant danser aux brises légères, il se plie et tourne sur lui-même, frisant l’arête des remparts de la terre.

C’est que Sean ne craint pas le vide, lui le fils baptisé à l’eau des fées par les Tuatha de Danann, l’enfant de la vallée de Glendalough et des forêts aux sols moussus.

 

C’est en longeant la petite chapelle qu il l’a vu. Ombre fuyante, sombre et mystérieuse, juste furtive glissant le long des pierres grises aux signes cabalistiques.

 

A peine perturbé par la vision, Sean presse le pas. Devant l’échoppe  à l’enseigne travaillée, le vent mêle sa chanson aux marins qui s'enivrent.

Alors l’homme enfant entre dans le pub aux odeurs de miel et de whisky.

Ses frères de fées, ses frères de sang boivent et jouent aux fléchettes au fond de la taverne.

Le zéphyr n’est pas invité.

 

Plus tard alors que la nuit rodera sur les plaines, Sean un peu ivre, s’installera  au pied de la croix de Muiredebach et l’ombre viendra le caresser  dans son rêve.

 

Il fera un dernier tour de danse avec le patron de cette contrée : Saint Patrick.

 

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mercredi 20 octobre 2004

Ne rien pouvoir, c'est vivre dans la mort...

Du haut d’un rocher, un bras dans le dos, l’autre tendu, la main et l’index pointé vers l’horizon, il scrutait.

C’était étonnant de voir comme ce doigt, simple phalange rigide pouvait trembler.

Dans ses yeux de braise, la flamme s’éteignait peu à peu ceinte de lunes brunes.
L’homme las, jour après jour faisait les mêmes gestes, les mêmes promenades sous le regard discret de ceux qui l’avaient emprisonné ici sur ce petit bout de terre et de roche au milieu des flots.

Aujourd’hui, il savait que cette visite sur le promontoire serait la dernière.
Il savait que sur ce point là bas qu’il fixait ardemment, vivait celle qu’il pleurait et que jamais, jamais, il ne pourrait la serrer de nouveau dans ses bras.

Alors il fit volte face à l’océan et le bras toujours rivé dans le dos, il prit le chemin du retour.

Dans la demeure de Longwood aménagée sobrement mais avec un confort certain, il s’allongea devant la cheminée. Les persiennes étaient closes.

La douleur commença par le ventre, puis se propagea dans toutes les entrailles. L’iris noir se dilata comme pour happer plus de lumière, plus d’images.
Il vit encore sa tendre femme puis son fier cheval blanc, des peuples en liesse et le sang, le froid, la mort.

Une libellule frôla ses yeux qui se fixèrent à jamais.

Ils étaient tous les deux nés sur une île. Sur sa terre à elle, les femmes nageaient dans les pétales de palétuviers, sur la sienne, les femmes se baignaient de noir.

Sainte Hélène 5 mai 1821

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mardi 19 octobre 2004

Oser le vent, oser juste une fois, juste un baiser...

Je la regarde qui ondule le ventre comme ondule le vent, les dunes.
Moi, je la regarde, je ne la touche pas.
Et je vois ses yeux noirs, ses yeux de braises, profonds qui m’enflamment, qui s’enflamment et je ne brûle pas.

J’entends la fine goutte, perle de sueur qui glisse dans son dos rivière, jusqu’à sa cambrure..

Moi, j’entends, mais je ne parle pas. Et je sens, je sens le bruit de ses colliers de nacres qui s’entrechoquent sur ses mollets galbés car j’écoute mais je n’entends pas.

Tandis que, les genoux à terre, elle regardera notre Seigneur, notre maître, en l’espace d’un éclair de pupilles amoureuses, elle me fixera !

Mais je ne dirai rien, je ne marcherai pas en avant mais en arrière, faisant face à l’éminence et je filerai comme un rat.


Alors de mon antre, j’écouterai, je sentirai, je verrai, je brûlerai de la douce mélancolie et du chant suave que Djamilah laissera couler le long des croisés jusqu'à moi, le gardien du sérail..

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
 
 
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