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Jeudi 20 janvier 2005

 

Soixante ans...Auschwitz....

 

 

L’hiver est froid ma petite fille.

As-tu vu cette simple cigarette qui fume là bas, par terre ?

C’est la mienne, je ne peux l’atteindre, pourtant je l’espère, je la veux, j’imagine un peu de cette fumée dans mes poumons tellement cela serait bon.

Vois-tu Sarah, je ne peux plus fumer, je n’ai plus le droit.
Cela m’est interdit.
Alors, je me ronge les ongles, oui les ongles, je n’ai plus rien que ça les ongles et que ces doigts là pour vivre!

Sarah, un jour viendra où les oliviers feront des fruits plus verts que l’habit moche, que l’habit boche, un jour ou le citron sur l’arbre sera moins acide que l’acide de l’homme sur l’homme !

Un jour, Sarah !
Un jour tu comprendras....
Un jour Sarah peut être, un jour, tu pardonneras....

Cette cigarette c'est la mienne et je la veux, je veux aspirer l’âcreté de ce maudit qui a lâché de l’autre côté des barbelés sa salive sur ce stupide tuyau d’herbe séchée.

Sarah !

Ne pleure pas petite fille tu es dix mille six cent soixante, je suis quatre mille deux cent un, et cette fumée noire sera mienne à la prochaine......envolée ?


Tu as le temps, Sarah , tu as le temps.....



Mais au fait? Où sont tes parents ?

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Mercredi 5 janvier 2005

Descendre doucement et se laisser submerger.

Découvrir un ciel au soleil d’airain,

Dans l’eau  azur du berceau,

La caresse de  la grande baleine bleue

Et couler.

Se laisser envahir par la nuit de satin

Juste comme il faut

Et frôler les cieux.

 

S’élever lentement vers les étoiles

Sur le dos d’un fabuleux cheval

Et sous le chant de la baleine

Entendre celui du cygne

Une plainte  à peine,

Digne.

 

La terre est à l’envers

Entre Romulus et Remus

Mes traces laissent sur l’humus

Des empreintes d’écume sur la mer.

 

Alors

Il pleut des larmes de nacre

Et d’or

Dans des cirrus de coquillages.

 

Alors

Je guiderai mes pas sur des nuages

Seul, sur l’océan aux couleurs de macres

Et de météores.

par Bernard Blazin publié dans : Poésie
Mercredi 29 décembre 2004

 

En hommage aux victimes du terrible Tsunami qui a déférlé ses vagues ravageuses le 26 décembre 2004...

 

Un simple battement d’aile
Et Pégase dans son sillon caresse
L’ancolie délicatesse
Dans un vallon de capselles.

La rumeur au loin s’élève
Plainte sourde de vents couverts
Que les nuages sourds soulèvent,
Comme des galops de poussière !

Et le sang rougit la mer

Devenue subitement carnassière.

L’instant où je vois l’armée fantôme pénétrer le ciel
Faisant fuir de lances arrachées, des plumes d’hirondelles
L’instant criant des vérités qui blessent sous l’enclume de Vulcain
L’éclair déchiré aux nues diaboliques dans l’œil vide de Caïn
L’instant où le temps se fige implacable étrier rouillé, brisé
S’immobilise.

La terre se stigmatise
Eternité!

par Bernard Blazin publié dans : Poésie
Dimanche 19 décembre 2004

Du jazz...Plus pour les adeptes de la trompette bouchée..A lire et à écouter:http://www.la-plume-et-lencrier.com/divers/Joe Pass & J.J. Johnson - Nature boy.mp3

 

Dans cet hiver parisien qui n’en finit pas ou plus, sur le trottoir près d’une sortie Guimard du métropolitain, un homme noir et une trompette bouchée rêvent.

Deux jeunes montent les escaliers, écoutent la musique froide qui réchauffe le cœur des passants  aux soucis, fièvre d’avant fête.

-Hé man ! Fais nous encore entendre le son de ton instrument.

Alors le son s’élève dans la bruine et la brume et la musique résonne sur les ampoules qui clignotent de faux sapins. Deux ou trois gamins, le blanc des yeux bien bleu s’émerveillent devant ce drôle de pantin.
La caisse est vide, le coffre est plein et le chapeau recueille un ou deux euros.
Mais la richesse du cœur est plus présente que la pauvreté de l’être qui souffle dans sa trompette.

-Hé Man ! C’est beau ce que tu joues là

Une larme perle, perle perdue, comme noyée dans l’océan aux vapeurs d’échappements.

Il neige.
 
Cette perle vient de se poser sur le cuivre cristal de givre, la nuit tombe porte de Pantin, à Paris, un soir d’hiver, sous la neige et les phares entre deux coquillages.

par Bernard Blazin publié dans : Nouvelles
Vendredi 17 décembre 2004

J’ai traversé le grand chemin vers un crépuscule adoré
Voguant sur des flots tel un navire à la coque chargée
Glissant sur mes pas incertains avec le doute
Te tomber sur le sentier de haine des humains.
J’ai perdu mes repères dans la nuit glacée, sur cette route
Où les clameurs d’Abner fusent encore au lointain !

La terre est figée fossile et la lune supplie la vie
Demain j’atteindrais l’aurore vêtu d’un simple droguet
Noir, comme des matins sans soleil surpris
Par l’eau qui monte, noyant l’étoffe de mes secrets.

Je souhaite voir au-delà des astres la lumière infinie
Comme l’onde d’une rivière trop sage dans son lit !
Je souhaite m’égarer dans des océans de glace
Faire revivre de son sang le sanglier de Méléagre
Bien loin de toutes les affligeantes traces
Déposées par des éclats aux mille palabres.

Or me voici égaré dans l’éther nuitée
Simple vagabond aux besaces chargées
D’un lourd fardeau, grand et insondable vide
Escorté par des prêtres Sassanides
Invisibles.

par Bernard Blazin publié dans : Poésie
 
 
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